The best artists of the French art scene

L'oeil du collectionneur

Interview d'Alain-Dominique Gallizia, le 3 mai 2016

1 - Votre premier achat ?

Une œuvre d’Antonio Gallego, que nous avions hébergé avec d'autres artistes en 1990 dans un immeuble inoccupé (je suis architecte).

2 - Possédez-vous encore cette œuvre ? Non, je l'ai offerte à une amie.

3 - Passion ou spéculation ? Passionnants échanges et engagement avant tout.

4 - Un fil conducteur dans votre collection ?
C'est moins une collection qu'un fonds, avec un devoir de conservation et une volonté d'exposition.

5 - Moderne ou contemporain ?
Contemporain. La rencontre avec l'artiste a été un préalable à la réalisation de son œuvre dans la série "Amour" ; davantage collecte que collection.

6 - Des ruptures dans votre collection ?
Pas vraiment mais le travail commun fait avec la collecte "Amour", panorama contemporain de cet art, m'a rapproché de certains artistes désireux de me confier leurs œuvres d'époque, ouvrant la voie à une collection "Vintage", plus historique et support didactique des expositions.

7 - Où achetez-vous ?
J'enrichis la collection "Vintage" par des achats de gré à gré et en salle des ventes. J’ai mis en place des alertes sur les artistes qui m’intéressent.

8 - Compulsif ou raisonné ?
Raisonné pour la collection  « Vintage », qui se veut complète et cohérente avec pour objectif une exposition à New-York et un musée permanent pour l'accueillir ; compulsif parfois pour la collecte « Amour » qui s'enrichit des œuvres des artistes du pays ou de la région qui l'accueillent, au gré des rencontres.

9 - Votre dernier coup de cœur ?
Une œuvre historique de Kool Koor, exposée chez Fashion Moda

10 - Achetez-vous une œuvre ou un artiste ?
Pour enrichir la collection "Vintage", je recherche les œuvres les plus historiques des artistes ayant marqué le mouvement. Seuls les deux plus grands à mes yeux, Rammellzee et Phase 2, me font déroger à cette règle par la qualité de chacune de leurs œuvres.

11 - L’artiste vivant qui vous touche le plus ? Phase 2

12 - Recherchez-vous des artistes qui entreront dans l’histoire de l’art ? en rupture ?
Je me bats avant tout pour faire entrer dans l'histoire officielle, non pas un artiste mais un Art de rupture, celui du Graffiti d'atelier, dans sa phase d'élaboration, 1970-1990

13 - Le pourcentage d’artistes français dans votre collection ?
10% dans ma collection « Vintage », 60% dans ma collection « Amour »

14 - Si vous ne pouviez garder qu’une seule œuvre de votre collection ?
A la demande faite à Cocteau  « Maître, s’il y avait le feu chez vous, et que vous ne pouviez emporter qu’une seule chose, qu’emporteriez-vous ? »  il répondit «Le feu»
J’emporterais le dernier tableau de Rammellzee, réalisé pour moi juste avant sa mort, pour que sa flamme demeure et m'inspire.

15 - Pouvez-vous nous citer quelques artistes que vous avez dans votre collection ?
Rammellzee, Phase 2, Dondi, Futura, Blade et Toxic parmi les anciens. Bando, Mode 2 et Jonone pour les récents.

16 - Une rencontre qui a changé votre œil ?
Rammellzee. Il m’a fait comprendre qu’on pouvait travailler en trois dimensions et sous toutes les formes : il était à la fois peintre, chanteur, sculpteur et théoricien de cet Art.

17 - Revendez-vous des œuvres ?
Rarement, seulement pour arbitrer le fonds et acquérir d'autres œuvres, plus fortes ou plus cohérentes. Je passe par les maisons de vente et je suis prêt à tester Ready Art !

18 - Avez-vous déjà présenté tout ou partie de votre collection au public ?
Oui, plusieurs fois : au Grand Palais à Paris (exposition « Le Tag au Grand-Palais » en 2010), au Grimaldi Forum à Monaco (exposition « L'Art du Graffiti : 40 ans de Pressionnisme" en 2011),  à la Pinacothèque à Paris (exposition « Le Pressionnisme 1970 - 1990, les chefs-d’œuvre du graffiti sur toile de Basquiat à Bando » en 2015), au Fort Cunningham muséum de Singapour et actuellement à l'Institut culturel Bernard Magrez à Bordeaux.

19 - Faites-vous partie d’une association de collectionneurs ?
Non, aucune. Mais le nombre d'amateurs de graffiti d'atelier d'époque (post graffiti ou pressure art) est restreint et nous nous connaissons tous.
Faute de fonds muséaux, les expositions de très haut niveau ne peuvent se faire, sans une participation commune et solidaire, plus forte que toute association.

20 - Si vous étiez une œuvre d’art ? La pulvérisation d’une bombe !