Les meilleurs artistes de la scène française

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Michel Castaignet

Michel Castaignet

Michel Castaignet est né en 1971. Après des études scientifiques à Paris puis une dizaine d’années à Londres, il s’établie entre Paris et la Champagne. Diplômé en 2000 de l’Université du Middlesex (UK) son travail se situe entre recherche conceptuelle du sujet et l’abandon au plaisir de peindre.

L’œuvre à la fois prolixe et hétérogène de Michel Castaignet s’apparente à une énigme. Comment esquisser une ligne directrice quand l’artiste se défile en permanence et que son œuvre échappe à toute rigueur formaliste ?
Des premières peintures empruntant tour à tour aux registres cubistes ou expressionnistes, l’artiste opère une modification radicale dans ses toiles aux couleurs fraiches et lumineuses appliquées par petites touches dès 2004. Avec pour point de départ la diapositive, support photographique chiné, collecté et recyclé dans plusieurs toiles, le sujet souligne à la fois la question de la représentation, de la vision et de la transformation du souvenir. Sur une même toile, l’artiste insiste sur la redite d’un même élément qui n’a pas de valeur en soi. Pourtant la mise en scène, le principe du cut-up, l’échelonnement des plans confèrent à la reproduction une dramaturgie qui faisait défaut à l’image initiale. Les reproductions choisies selon un principe d’indifférence visuelle s’apparentent à des « ready-made rectifiés » insoupçonnés, les délicates modifications apportées au cliché original étant à peine visibles.
Si déroutante soit-elle, la production picturale de Michel Castaignet ne cherche pas à épuiser les manières de faire en peinture à l’instar du peintre allemand Gérard Richter, ni même à lutter contre la mort programmée de la peinture. Pour celui qui considère l’art comme faisant parti du passé et la figure de l’artiste un peu désuète, il s’agit d’essayer de jouer le rôle d’un peintre ordinaire dans le sillage d’un artiste tel que Jean Le Gac pastichant l’artiste du dimanche dans les années 70.
Cette désacralisation du travail artistique s’accompagne d’une dépersonnalisation du style. Appliquant à la peinture les principes de l’OuLiPo (Ouvroir de Littérature Potentielle), Michel Castaignet multiplie les contraintes au même titre que les poèmes pour bègue de Jean Lescure, ou les variations minimales de Georges Pérec. « Sa peinture du refus » repose par conséquent sur des systèmes comparables à ceux de Claude Rutault, l’instigateur des « définitions/méthodes ».
Michel Castaignet ne se contente pas de s’approprier les écritures de maîtres comme le fait Sherrie Levine (« intérieurs parisiens after Atget : 1-60 », 1997), il opère une confusion théorique en associant avec une maladresse feinte le Style qui relève de l’artiste et l’Ecriture, c’est-à-dire ce que l’œuvre énonce de son rapport à l’histoire. Cette astuce lui permet de cultiver le principe de contradiction, le non-sens, cher au mouvement Dada. C’est ainsi que les séries reprenant à leur compte des compositions de Malévitch ou du mouvement BMPT - Buren, Mosset, Parmentier et Toroni - (« BMTP», 2010), sont dans le déni de cet héritage. Dans chacune de ses compositions, l’artiste neutralise les problématiques picturales du passé en y ajoutant un sujet figuratif nostalgique de ces mêmes années 50-60, comme un flash back sur cette époque où les créateurs répondaient avec leurs moyens au « Degré zéro de l’écriture » (Roland Barthes, 1953) en cherchant à réfuter le contenu illusionniste de la peinture. Faut-il y voir une reformulation de l’histoire de l’art qui se résumerait à une redite formelle, d’autant plus décomplexée que le rythme s’accélère et l’amnésie grandit de jour en jour ? L’artiste se fait ainsi l’écho d’une société marquée par le plagiat et les simplifications théoriques, dans une recherche permanente de démocratisation de l’art et de la culture. Cependant, la multiplication des sources, l’anonymat des images reproduites sur chacune de ses toiles de Michel Castaignet créent une « opacité qui empêche le public de produire de la connaissance » selon l’essayiste Edouard Glissant (1928-2011). Là encore, l’esprit de contradiction de l’artiste a encore frappé… Alexandra Fau

 

 

« J’ai des amours secs, mais j’aimerais peindre humide » Michel Castaignet
 

 

Expositions
2016 / The Asphodels, exposition personnelle - Maksla XO Galerija / Riga, Lettonie
2016 / FABRIC, galerie Gilla Lörcher / Berlin, Allemagne
2016 / Salo, Les Salaisons / Paris, France
2015 / Arthothéque de Champagne-Ardennes #4, Site L’expedition / Chateauvillain, France
2014 / ‘Til the end of it, Galerie Maksla Xo / Riga, Lettonie