Les meilleurs artistes de la scène française

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Orsten Groom

Orsten Groom

Simon Leibovitz – Grźeszczak alias Orsten Groom est né en 1982. Il vit et travaille à Paris.

Diplômé de l'Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris en 2009 et du Studio National des Arts Contemporains, Le Fresnoy en 2011 , Orsten Groom est le peintre du grotesque byzantin, du macabre mexicain et du Tohu-Bohu médiéval.Bêtes et prélats sont convoqués en de vastes procès carnavalesques, englués dans un fatras pariétal où ils batifolent comme autant de maudits sur le seuil de l’apocalypse.
La boue s’embrase et récapitule le ratage de la Création dans une danse de saint Guy glorieuse, feu grégeois où n’importe quoi fraye n’importe comment. Groom mène le cortège en joueur de flûte au au fond du sempiternel lac d’Hamelin dont tout provient et tout ressort - ça fait comme un ressort.
Orsten est la prononciation bafouée du prénom du génie Orson Welles, lui qui déclara au berceau cette phrase qui le révéla : «Le désir de prendre médecine est l’un des traits qui distinguent l’homme de l’animal». Groom signifie beaucoup de choses, mais certainement pas médecin.

« Je m’appelle en vrai Simon Leibovitz - Grzeszczak. Je fais de la peinture et des films sous le pseudonyme Orsten Groom depuis 2002, année où j’ai eu un accident cérébral, une rupture d’anévrisme. Je suis tombé dans le coma et me suis réveillé amnésique (en plus de lobotomisé). C’est là qu’on m’a appris que j’étais aux Beaux arts. Je faisais de la peinture de jeune peintre qui s’initie, couleurs patate. Je suis resté dans ma salle d’atelier, j’ai pressé un tube et c’est comme ça que c’est parti. J’étais alors obsédé par une espèce de sentiment lancinant que je ne suis toujours pas parvenu à définir, mais dès le départ j’ai eu cette obsession, cette présence constante de la « boue ». La boue qui emporte tout, partout, ambiante. La matière colorée de la pâte, la lumière elle même est boue. Et les formes, dans ce pétrin, se risquent à l’indifférencié. Je me suis immédiatement mis à faire des choses très épaisses, très matiéristes. J’ai toujours été dans un régime excessif de peinture, ogresque et excrémentiel. Puis je me suis rendu compte que je faisais du Eugène Leroy sans le savoir...
Arrivé à saturation, j’ai abandonné 3 ans pour réaliser des films et diversifier un genre que je m’étais inventé, le Glues (du Blues en plus gluant). Quand je me suis remis à la peinture, j’en ai redistribué les enjeux et plutôt que de réaliser des images coagulées qui s’infectaient, à l’instar de ma première manière, il s’agit depuis de fatras. Mes questionnements et problématiques ont beaucoup mûris lorsque j’ai repris la peinture, déniaisé de l’histoire de l’art, sur un mode guerrier.

Quand j’observe mon travail, je n’y vois pas du tout d’expressionisme. Ma pratique se fonde plutôt sur une réflexion sur la peinture d’icône, son contrejour, la perspective inversée... Je suis particulièrement intéressé par tout ce qui est médiéval, le maniérisme, la peinture flamande: Bosch, Jordaens, Ensor.
Selon moi, l’horizon idéal est le Suprématisme, dont on retrouve le champ coloré dans l’expressionisme abstrait avec Pollock, Rothko ou Still, par exemple.
Le All Over est quelque chose que je projette dans ma « cuisine », dans mon processus de coulisses. Je suis intéressé par le fait d’obtenir une saturation totale du plan pictural, le moment où il est complètement neutralisé. Ça fait des années que j’essaye de peindre un monochrome, et que je rate.

Je pense mes toiles comme leurs équivalents révulsés, puisqu’il est aussi question d’un brassage avec le fond. Il y a une concaténation des plans, tout se passe sur la même instance et en même temps. Ce sont des enjeux assez immémoriaux, par brassage retord. Un ami a un jour trouvé la formule : « art pariétal post historique ». Ça envoie le pâté. Il me semble donc que dans ce que je fais, par ce régime de saturation et dans la déportation du regard, la composition bourrée, tout se neutralise. J’arrive ainsi a un équivalent inversé du champ coloré, un état épileptique que j’appelle « la révulse » à défaut d’autre terme. Dans l’épilepsie il y a trois phases, la charge, la décharge et une troisième très grotesque qui s’appelle le Stentor : une imitation parodique du cadavre que prend le corps, raide, inerte et tordu. Ma peinture est en quelque sorte une coagulation de ces trois phases épileptiques. Il se trouve que je le suis, donc ça rejoint des réseaux de sensations intimes. Et je sais de quoi je parle.

À la vue de mes tableaux, on a l’impression que c’est très gestuel. Ce n’est pas le cas, c’est au contraire très consciencieux, les « dégoulinatures » sont travaillées au millimètre. Il y a une facture franche, le ton, l’emploi de la couleur est cru: hors du tube, dépotée, hors de soi. Un torrent en suspension. Cryptique»

Extraits de l’ Entretien avec Orsten Groom par Francesco De Chiara & Lena Larrasquet pour la revue en ligne 2 Feet Under / Décembre 2014

Expositions
Du 8 avril 2016 au 10 avril 2016 / Salo IV - salon du dessin érotique / Paris
avril 2016 / Salon D-dessin / Paris
février 2016 / Wondrous Strange - Exposition collective - Galerie Phantom Project Contemporary / Troyes
2016 / KRIEGELKRAKEL / Crous, rue des Beaux-Arts, Paris 6
2016 / MARTUS LUPUS - Exposition personnelle - Galerie Phantom Project Contemporary / Troyes, France
novembre 2015 / Vivre avec un chien et un fusil - Exposition collective - Galerie Clovis XV / Bruxelles, Belgique
juin 2015 / Lauréat du 2ème Prix de peinture Antoine Marin, juin 2015. / Paris